Robert Houdin

magie-illusion_album1258911-photo5495

Jean-Eugène Robert est l’illusionniste français le plus connu de l’histoire de la magie. Né à Blois en 1805 d’un père horloger, il est initié très tôt à la petite mécanique. Malgré quelques tentatives dans le domaine du droit, il perpétuera la tradition familiale en se tournant vers l’horlogerie. Son nom de scène est Robert Houdin.

Le hasard façonnera son destin ; au lieu du Traité d’horlogerie, un bouquiniste distrait lui remet un Dictionnaire des amusements de la science, où il découvre tours de cartes et autres exercices d’adresse. Puis, un an plus tard, à la suite d’une intoxication alimentaire, il tombe évanoui d’une diligence sans que personne le remarque. Il est recueilli par un magicien en tournée, médecin italien, qui le soigne et lui enseigne son art pendant deux mois.

C’est donc une suite de hasards singuliers qui forgera la vocation de Jean-Eugène Robert, devenu Robert Houdin en accolant le nom de sa femme au sien : il consacrera sa vie à l’illusion.

Son goût, ou plutôt son génie de la petite mécanique, sa curiosité pour les choses de la science alliés à sa passion pour l’illusion le conduisent à réparer, puis à réaliser des automates : il est horloger, mais il est surtout inventeur. N’a-t-il pas déposé dès 1837 le brevet d’un réveil-briquet qui allume une bougie en même temps qu’il carillonne ? Les automates vont lui donner l’occasion de perfectionner sa créativité en magnifiant son goût de la fantaisie. Alors il répare, imagine, conçoit, fabrique, et acquiert une réputation qui passe les frontières. Et il finit par exposer. Après des mois d’un labeur de forçat, il met au point un automate dessinateur-écrivain, qui obtient une médaille d’argent lors de l’Exposition de 1844. A cette occasion, il en fait la démonstration à Louis-Philippe, qui restera toujours un admirateur zélé de son travail.

 » Il pourrait sembler étrange de me voir passer tour à tour de mes travaux en mécanique à mes études sur la prestidigitation. Mais si l’on veut bien réfléchir que ces deux sciences devaient concourir au succès de mes séances, on comprendra facilement que je leur portais un même degré d’affection, et qu’après avoir parlé de l’une je parle de l’autre.  »

En matière de magie – d’escamotage, comme on disait alors – Robert Houdin est un érudit et un observateur avisé des spectacles de son époque. Il se forge une philosophie :  » Dès mes premiers travaux en escamotage, j’avais toujours considéré le naturel et la simplicité comme les bases essentielles de l’art de produire des illusions, et je m’étais posé cette maxime (applicable seulement à l’escamotage), qu’il faut d’abord gagner la confiance de celui que l’on veut tromper.  »

La magie par Robert Houdin

C’est ainsi que Robert Houdin révolutionnera l’art de la prestidigitation. Avant lui, les magiciens apparaissaient sur scène vêtus d’un chapeau pointu et de longues robes (bien pratiques pour y dissimuler des objets), s’encombraient d’un attirail truqué (boîtes à double fond, nappes cachant le dessous des tables, etc.) ;  » Lui entre en scène sobrement vêtu du smoking que Mandrake rendra familier, et avec pour seul accessoire une baguette. Rénovant la magie, il la débarrasse d’un attirail saugrenu, archaïque, macabre. Elle devient souriante, poétique, généreuse. Les fleurs s’épanouissent. De gracieux enfants flottent en l’air, suspendus par un cheveu. Des cornes d’abondance offrent liqueurs, bonbons, images. Des pendules aériennes tintent au gré du spectateur. Un coup de feu sur un oranger stérile, et il se couvre de fruits qu’on distribue au public.

 » Certains de ces tours sont accomplis par des automates construits par l’enchanteur lui-même. Un Garde-Française armé d’un mousquet salue le public. Au commandement, il fait feu sur une colonne de cristal à l’extrémité de la scène. Il projette sur elle le contenu de son fusil : le plus souvent un gant gonflé, comme porté par une main invisible, et orné à chaque doigt de bagues empruntées aux spectateurs. « , explique Francis Lacassin dans sa préface.

Les principes qu’il impose alors ont toujours cours aujourd’hui.  » Je voulais présenter des expériences nouvelles dégagées de tout charlatanisme, et sans autre ressources que celles que peuvent offrir l’adresse des mains et l’influence des illusions.  »

Quand à partir de 1845 il crée les Soirées fantastiques de Robert Houdin dans un théâtre des Grands Boulevards qu’il a acheté, c’est donc un spectacle novateur qu’il propose, auquel il incorpore ses fameux automates.  » Ma séance devait avoir deux caractères bien distincts : l’adresse et la mécanique, représentés par des automates et de la prestidigitation.  » On y trouve ainsi l’ancêtre du distributeur automatique de confiseries, un petit pâtissier délivrant des brioches chaudes, et neuf autres pièces que l’on vient admirer en famille.
Après un démarrage laborieux, le succès est considérable. La renommée de Robert Houdin traverse les frontières et s’étend à l’Europe entière.

En 1852, Robert Houdin, fatigué, prend du recul et cède son affaire avant de terminer sa carrière par une tournée triomphale en Allemagne. Il se retire à Blois, dans sa demeure, le Prieuré, qu’il dote d’un appareillage spectaculaire : voix transportées par un tube acoustique, portes s’ouvrant seules, apparition d’inscriptions guidant le visiteur, etc. Il se consacre à ses automates et à la rédaction de plusieurs ouvrages : ses mémoires, Une vie d’artiste (1858), et surtout l’explication de ses tours : Comment on devient sorcier (1868), L’Art de gagner à tous les jeux (Les tricheries des grecs dévoilées) (1861) – bourré d’anecdotes, le  » grec  » étant un escroc dans l’argot du XIXe siècle – Magie et physique amusante (posthume, 1877). Avant lui, aucun prestidigitateur n’avait révélé au grand public la nature des illusions qu’il représentait. Encore aujourd’hui, ces ouvrages sont la référence absolue en matière de prestidigitation.

En 1856, Robert Houdin est tiré de sa retraite pour effectuer en Algérie une mission diplomatique d’un genre particulier : il s’agissait d’aller impressionner les populations sous la coupe des marabouts, tâche dont il s’acquitta à merveille en réalisant des tours spectaculaires.

Il meurt en 1871.
En 1888, sa famille vend le théâtre à un certain Georges Méliès, lui-même illusionniste (il fondera l’Académie de prestidigitation en 1891). Nul doute que Robert Houdin eut été enchanté de cette filiation posthume, lui qui fut toute sa vie à l’avant-garde des évolutions artistiques et techniques : Georges Méliès suivit les traces de son illustre devancier en inventant les premiers trucages cinématographiques.

Enfin, Ehrich Weiss, obscur immigrant hongrois installé aux Etats-Unis, connaîtra une célébrité mondiale sous son nom de scène, Harry Houdini, pseudonyme qu’il avait adopté en hommage à Robert Houdin.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *